«Le remède est dans la cause.»
Hippocrate (env. 460 - 370 av. JC)

Universalité

Façonnées par l’Homme, près de 400 races de chiens (357 homologuées pas la Fédération Cynologique Internationale) cohabitent aujourd’hui sur la planète, pour une population estimée à 400 millions d’individus.

De la femelle Chihuahua de 800 grammes au Dogue Allemand mâle de 80 kg, du Chien nu du Pérou au Nizinny, du Braque d’Auvergne à l’Affenpinscher, du Boxer au Lévrier Afghan, ils sont tous chien, ils se reconnaissent tous chien, ils sont tous interféconds.

400 races différentes et même très différentes, façonnées à l'origine par les diverses niches écologiques, ensuite de manière plus ou moins voulue par l'Homme, pour finir et toujours par l'Homme, avec des méthodes modernes de sélection génétique.
Impressionnant.

Nulle part dans le monde animal abrité par la troisième planète du système solaire une espèce n'est aussi diversifiée.

Et tous les individus de toutes ces races communiquent avec le même langage.
Comme d'ailleurs intraspécifiquement tous les autres animaux non humains.
Ce n'est plus impressionnant, c'est une leçon d'humilité.

Les codes communicationnels canin sont les mêmes partout sur la planète, dans tous les pays, toutes les cultures, tous les cultes, sous toutes les latitudes, à toutes les altitudes.
Des yourtes nomades des steppes d’Asie centrale à la promenade des Anglais de Nice, de la Terre de Baffin au sud de l’Argentine, de Jakarta à Mexico, tous les chiens se comprennent entre eux, tous les chiens utilisent les mêmes codes, le même langage, la même universalité de compréhension.

La pierre philosophale des linguistes, éternellement hors de portée de l’homme.
L’Esperanto inné chez les animaux.
Incroyable.

Incroyable pour les humains qui utilisent 3.000 à 7.000 langues (et qui ne savent donc même pas exactement combien ils en ont), ont découpé leur planète en 232 pays et se font la guerre pour leurs 9.900 religions.
Pour les humains qui, sous prétexte de couleur de peau, de croyance différente, de lieu de vie plus avantageux ou bien plus simplement sans aucun prétexte autre que la simple volonté de s'auto-promouvoir, avilissent, torturent et tuent les membres de leur propre espèce.
Ce qui ne les empêche pas de continuer à se considérer comme l’aboutissement suprême de l’évolution.
Ce pourrait être risible.
C'est dramatique.

Mais revenons aux chiens.
On objectera que le langage articulé est bien plus précis et étoffé que le langage corporel.
Peut-être.
Réfléchissons.

Prenons le nombre de positions et de mouvements de la queue d’un chien alliés à la vitesse d’exécution, multiplions ce nombre par celui des positions et mouvements possibles des oreilles, multiplions le résultat obtenu par ce qui peut être fait avec les yeux, puis les poils, puis les pattes avant, puis les pattes arrière, puis la gueule, puis le corps tout entier, puis les vocalises, du grognement au jappement, de l’aboiement au clabaudement, ajoutons-y un facteur multiplicatif inconnu de nous, à savoir tout ce qui ne nous est pas perceptible, comme particulièrement les phéromones émises.
A quel résultat arriverait-on ?
Il se chiffrerait assurément en centaines, voire plus.

La langue française, l’une des plus précises du monde, compte environ 32.000 mots.
Mais l’érudit en connaît 4.000 à 5.000, le « Français moyen » 2.500 à 3.000 … et en utilise moins de 1.000 de manière courante.

La communication canine est-elle donc tellement en reste ?
Rien n'est moins sûr.

Si l’on s'absout des mots qui ne serviraient en rien aux chiens, comme « impôt », « taxi » ou « constitution » ; si l’on se limite aux mots suffisants à une vie simple en société intraspécifique et à la survie de l’individu et de l’espèce, le langage canin est parfaitement adapté et très suffisant.

Le chien.
Sa communication universelle à travers ses 400 races, partout sur le globe terrestre.
Un animal sans frontières.
Aucune.


© Laurent Meltzer, Esprit de Chien